"Maître... ?"

"Oui ?"

" Apprenez-moi à vous suivre."

« Si tu veux me suivre, tu devras faire plus qu'accepter mon enseignement. Tu devras l'assimiler en profondeur et te nourrir de lui. Oublie ton arrogance, jette à bas cet esprit de supériorité qui te domine. Tant que tu n'auras pas en toi mon enseignement, tu ne les mérites pas. Tu devras apprendre à t'extirper de cette masse que tu dédaignes, mais à laquelle tu appartiens pourtant. Tu n'es encore rien. Si tu croyais qu'être passer par une nouvelle naissance t'avais ouvert les yeux et élevé, détrompe-toi. Tu as tout à apprendre. Je pourrais t'écraser... Mais je t'offre une chance, la chance de participer au spectacle. Deviens acteur, apprend à revêtir les masques et à danser sur le fil de la vie.

Renie tout ce que tu crois savoir et écoute-moi.

Le bien et le mal sont des valeurs primaires et grossières, dont les gens se servent pour juger les actions de leur semblables. Ces valeurs n'ont aucune finesse. Annihile toute trace d'elles en toi. Je veux que tu comprennes la seule véritable opposition qui gouverne le monde. Le manichéisme n'est qu'un aveuglement destiné aux faibles. La distinction qui puisse être est celle qui oppose la routine et la vraie vie.

La routine est la vie dans ce qu'elle a de plus neutre. Elle est anodine, répétitive et ennuyeuse. Nous sommes tous, ou presque, englués dedans. La Routine possède un système de valeurs de référence, qu'elle a ébauché à l'aveuglette, sans fondement. Les plus connues de ces valeurs sont le bien et le mal. Dans la routine, chaque action est cadrée, déterminée et jugée selon ces valeurs qui sembles être des critères universels. La routine, c'est le monde tel que tu l'as perçu jusqu'à ces derniers mois. C'est un monde en noir et blanc, qui présente certes toutes les nuances de gris possibles, mais qui reste sans couleurs.

La vraie vie s'oppose à la routine et la dépasse. C'est elle que je veux que tu atteignes. Pour y parvenir, il faut transgresser les règles de la routine. Transgresser ces règles revient à commettre une action qui ne tient pas compte des valeurs de références de la routine. En commettant des meurtres, tu as franchi la première étape. Mais le plus dur reste à faire si tu veux atteindre la vraie vie. Tu dois maintenant aller jusqu'à oublier les références, les valeurs et par conséquent, les règles. Tu dois oublier tout ce sur quoi tu pensais fonder tes actes, ta soi-disant « vie ». Oublies les valeurs, oublies ces règles qui t'enchaînent encore, oublie tout sans exception.

La vraie vie, c'est l'adrénaline en surplus dans le sang, c'est comme réinventer les couleurs. C'est ce qui permet d'apprécier les choses avec beaucoup plus de finesse et de précision. C’est savoir goûter chaque minuscule détail avec beaucoup plus de volupté, chacune de ces micro-sensations pouvant à elle seule conduire à une véritable extase… C’est prendre conscience de ton cœur qui accélère quand tu connais le danger, c’est ressentir le frisson du vent sur chaque grain de ta peau, c’est savoir commencer là où ils s’arrêtent…

La vraie vie est imprévisible, et elle est incompréhensible pour ceux qui sont coincés dans la routine, parce qu’il n’y a plus ni référence possible, ni valeurs. Quant tu parviens à la vraie vie, tu ne qualifie plus tes actions de bien ou de mal, tu te contentes de les déclarer vécues ou non. Tu m'as cherché et tu m'as rejoint. Tu n'as donc plus le choix. Si tu n'acceptes pas de vivre réellement, si tu veux considérer si tes actions étaient bonnes ou mauvaises, je te tuerai. Si tu n'apprend pas à considérer tes crimes comme des actions vécues t'ayant procuré de l'adrénaline, je te tuerai. Si tu vois tes action à venir comme des conséquences de tes actions précédentes, et non comme des actions vécues pleinement et uniquement pour et par elles-même, je te tuerai.

Ton libre arbitre dois devenir absolu. Il ne doit plus être relativisé par ces fausses idées de valeurs et de références. Introduire la notion de conscience morale dans tes raisonnement reviendrait à introduire la notion de responsabilité. La responsabilité est incompatible avec la vraie vie, car non seulement elle implique l'idée dépassée de conséquences, mais elle implique en plus une réflexion avant l'action. L'action est vécue spontanément. Il n'y a pas de réflexion. L'action seule compte et produit de l'adrénaline. Indépendamment de toutes choses. L'action est absolue. »

...

"Oui, maître."