Sed non satiata

25 septembre 2008

Palabres nocturnes entre fous..

Kama : Douce en effet est la folie quand elle nous berce de ses bras enjôleurs et nous console de sa voix tentatrice, nous faisant miroiter son royaume onirique pour mieux nous égarer...

Le Fou : Mais la folie seule peut nous pousser à nous dépasser de manière à ce que l'impossible devienne possible, mais aussi transformer l'immonde en magnifique... Tel est son tentant pouvoir mais gare au contrecoup...

Kama : Mais ce pouvoir qu'a la folie de transformer la réalité du quotidien en un étonnement permanent et de faire de la vie un grand jeu mérite ce contre-coup !

Le Fou :Tic tac, tic tac. Temps s'émousse, temps avance, temps te presse. folie douce, folie danse, folie progresse. Auras-tu le temps de bien discerner que si la limite est visible, la franchir est aisé ?

Kama : La limite est un fil d'argent, je suis le funambule... Et tourne et danse et vole ! Je navigue somnambule, entre folie et désir, je me joue du vide qui m'attire : les frontières sont mon empire. Et tourne et danse et vole...

Le Fou : D'aucun dirait : "Mais l'argent s'use, il se brise, il se vole ! Le funambule s'oublie ! Il picole ? Naviguer somnambule ? Quelle idée ridicule ! Entre folie et désir ? Mon pauvre ami... Silence ; soupir. Le vide se joue de toi ! Tu ne seras jamais que sa proie. Contre l'histoire tu ne peux lutter, chaque empire un jour est tombé."
Paroles et rires d'inconnus font qu'au fond je rigole. Car à la lecture de ceci mon âme crie et tonne. Que trois mots suffisent, et qu'aucun ne s'étonne. Que ces trois mots soient : "Et tourne, et danse, et vole..."

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23 mai 2007

Vulnerabilité dans l'immortalité

Robe pourpre sur peau pâle, sourire carnassier et yeux verts, reflets d'une bougie et vin liquoreux, veines palpitent le long d'un coup délicat...

Tu te penches avec douceur, et le parfum capiteux de sa peau te saisit vivement et t'enivre. Tes lèvres s'approchent de la gorge blanche qui vibre et laisse échapper un soupir sans pudeur. Lueur d'envie de son regard, éclat amusé du tien. Tu relèves la te pour la frôler des yeux, appréciant en amateur la chaleur des joues empourprées. Lentement, ta bouche s'approche de ses lèvres entrouvertes que tu caresses du bout d'une langue que tu laisses ensuite courir sur la fine peau du cou qui s'offre à toi. Saisissant d'une main sa chevelure dénouée, tu dénudes de l'autre un sein que tu caresses avidement. Ta langue se fait plus violente, et redessine le tracé de ses veines qui se gonflent de plaisir. Les palpitations de sa poitrine qui se soulève excitent ta soif d'elle, et leur son infime résonnent intensément dans tout ton corps.

Soudain, tu fermes les yeux, et enfonce tes dents dans la chair tendre qui se laisse percer sans résistance. Cri étouffé... L'odeur aigre de la peur émane de son corps, et ta main glisse de son sein à sa bouche pour clore ses gémissements, tandis que son corps se bat sans conviction sous ton étreinte. Tu plaques tes lèvres sur la blessure, et ta bouche se remplit d'un sang chaud, épais, salé, épicé. Le liquide coule au fond de ta gorge, les battements de ton coeur s'accélèrent, tu avales lentement, avec délectation, et un plaisir subtil t'inonde peu à peu...

Bois, enivre-toi, pend bien tes lèvres à son cou, repais-toi de son sang, et lèche-le jusqu'à la dernière goutte...

Bois, et tue-la, tue-la pour oublier que toi tu ne peux pas mourir. Surtout n'oublie pas de jouir de cette mort trop facile que tu lui offres, cette mort délectable qui la fait se pâmer de plaisir pendant que tu bois sa souffrance jusqu'à la lie...

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Enseignement

"Maître... ?"

"Oui ?"

" Apprenez-moi à vous suivre."

« Si tu veux me suivre, tu devras faire plus qu'accepter mon enseignement. Tu devras l'assimiler en profondeur et te nourrir de lui. Oublie ton arrogance, jette à bas cet esprit de supériorité qui te domine. Tant que tu n'auras pas en toi mon enseignement, tu ne les mérites pas. Tu devras apprendre à t'extirper de cette masse que tu dédaignes, mais à laquelle tu appartiens pourtant. Tu n'es encore rien. Si tu croyais qu'être passer par une nouvelle naissance t'avais ouvert les yeux et élevé, détrompe-toi. Tu as tout à apprendre. Je pourrais t'écraser... Mais je t'offre une chance, la chance de participer au spectacle. Deviens acteur, apprend à revêtir les masques et à danser sur le fil de la vie.

Renie tout ce que tu crois savoir et écoute-moi.

Le bien et le mal sont des valeurs primaires et grossières, dont les gens se servent pour juger les actions de leur semblables. Ces valeurs n'ont aucune finesse. Annihile toute trace d'elles en toi. Je veux que tu comprennes la seule véritable opposition qui gouverne le monde. Le manichéisme n'est qu'un aveuglement destiné aux faibles. La distinction qui puisse être est celle qui oppose la routine et la vraie vie.

La routine est la vie dans ce qu'elle a de plus neutre. Elle est anodine, répétitive et ennuyeuse. Nous sommes tous, ou presque, englués dedans. La Routine possède un système de valeurs de référence, qu'elle a ébauché à l'aveuglette, sans fondement. Les plus connues de ces valeurs sont le bien et le mal. Dans la routine, chaque action est cadrée, déterminée et jugée selon ces valeurs qui sembles être des critères universels. La routine, c'est le monde tel que tu l'as perçu jusqu'à ces derniers mois. C'est un monde en noir et blanc, qui présente certes toutes les nuances de gris possibles, mais qui reste sans couleurs.

La vraie vie s'oppose à la routine et la dépasse. C'est elle que je veux que tu atteignes. Pour y parvenir, il faut transgresser les règles de la routine. Transgresser ces règles revient à commettre une action qui ne tient pas compte des valeurs de références de la routine. En commettant des meurtres, tu as franchi la première étape. Mais le plus dur reste à faire si tu veux atteindre la vraie vie. Tu dois maintenant aller jusqu'à oublier les références, les valeurs et par conséquent, les règles. Tu dois oublier tout ce sur quoi tu pensais fonder tes actes, ta soi-disant « vie ». Oublies les valeurs, oublies ces règles qui t'enchaînent encore, oublie tout sans exception.

La vraie vie, c'est l'adrénaline en surplus dans le sang, c'est comme réinventer les couleurs. C'est ce qui permet d'apprécier les choses avec beaucoup plus de finesse et de précision. C’est savoir goûter chaque minuscule détail avec beaucoup plus de volupté, chacune de ces micro-sensations pouvant à elle seule conduire à une véritable extase… C’est prendre conscience de ton cœur qui accélère quand tu connais le danger, c’est ressentir le frisson du vent sur chaque grain de ta peau, c’est savoir commencer là où ils s’arrêtent…

La vraie vie est imprévisible, et elle est incompréhensible pour ceux qui sont coincés dans la routine, parce qu’il n’y a plus ni référence possible, ni valeurs. Quant tu parviens à la vraie vie, tu ne qualifie plus tes actions de bien ou de mal, tu te contentes de les déclarer vécues ou non. Tu m'as cherché et tu m'as rejoint. Tu n'as donc plus le choix. Si tu n'acceptes pas de vivre réellement, si tu veux considérer si tes actions étaient bonnes ou mauvaises, je te tuerai. Si tu n'apprend pas à considérer tes crimes comme des actions vécues t'ayant procuré de l'adrénaline, je te tuerai. Si tu vois tes action à venir comme des conséquences de tes actions précédentes, et non comme des actions vécues pleinement et uniquement pour et par elles-même, je te tuerai.

Ton libre arbitre dois devenir absolu. Il ne doit plus être relativisé par ces fausses idées de valeurs et de références. Introduire la notion de conscience morale dans tes raisonnement reviendrait à introduire la notion de responsabilité. La responsabilité est incompatible avec la vraie vie, car non seulement elle implique l'idée dépassée de conséquences, mais elle implique en plus une réflexion avant l'action. L'action est vécue spontanément. Il n'y a pas de réflexion. L'action seule compte et produit de l'adrénaline. Indépendamment de toutes choses. L'action est absolue. »

...

"Oui, maître."

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22 mars 2006

Le cortège du Graal

"Que qu'il parloient d'un et d'el,
Uns vaslez d'une chambre vint,
Qui une blanche lance tint
Anpoigniée par le milieu,
Si passa par antre le feu
Et çaus qui el lit se seoient.
Et tuit cil deleanz veoient
La lance blanche et le fer blanc,
S'issoit une gote de sanc
Del fer de la lance an somet,
Et jusqu'a la main au vaslet
Coloit cele gote vermoille.
Li vaslez vit celle mervoille
Qui leanz ert la nuit venuz,
Si s'est del demander tenuz,
Comant cele chove avenoit,
Que del chasti li sovenoit
Celui qui chevalier le fist,
Qui li anseigna et aprist
Que de trop parler se gardast ;
Si crient, se il le demandast,
Qu'an li tenist a vileni :
Por ce si nel demanda mie.
Atant dui autre vaslet vindrent,
Qui chandeliers an lor mains tindrenr
De fin or, ovrez a neel.
Liz vaslet estoient mout bel
QUi les chandelirs aportoient ;
An chascun chandelier ardoient
Dis chandoiles a tot le mains.
Un graal antre ses deus mains
Une damoisele tenoit,
Qui avuec les vaslez venoit,
Bele et jante et bien acesmée.
Quant ele fu leanz antree
Atot le graal qu'ele tint,
Une si granz clartez i vint
Qu'ausi perdirent les chandoiles
Lor clarté come les estoiles
Quant li solauz lieve, ou la lune.
Après celi an revint une
Qui tint un tailleor d'arjant.
Li graaus, qui aloit devant,
De fin or esmeré estoit ;
Pierres precïeuses avoit
El graal de maintes menieres,
Des plus riches et des plus chieres
Qui an mer ne an terre soient :
Totes autres pierres passoient
Celes del graal sanz dotance.
Tot ausi con passa la lance,
Par devant le lit s'an passerent
Et d'une chanbre an autre antrerent.
Et li vaslez les vit passer
Et n'osa mie demander
Del graal cui l'an servoit,
Que toz jorz an son cuer avoit
La parole au prodome sage,
Si criem que il n'i et domage
Por ce que j'ai oï retreire
Qu'ausi bien se puet an trop teire
Con trop parler a la foiiee.
Ou bien l'an praigne ou mal l'an chiee,
Ne lor anquiert ne ne demande."

Pendant qu'ils parlaient de choses et d'autres, un valet sorti d'un chambre, avec un lance blanche qu'il tenait par le milieu, et il passa entre le feu et ceux qui étaient assis sur le lit ; et tous ceux qui étaient là voyaient la lance blanche et son fer tout aussi blanc. Une goutte de sang perlait de la pointe du fer de la lance, et jusqu'à la main du valer coulait cette goutte vermeille.
Le jeune homme, qui était arrivé la nuit même en ces lieux, vit cette merveille, mais il se retint de demander comment se porduisait cette aventure, car il se souvenait de la recommandation de celui qui l'avait fait chevalier : il lui avait enseigné et appris qu'il se gardât de trop parler. Aussi craignait-il que, s'il posait une question, on la prît pour une grossierté : c'est pourquoi il ne posa pas de question.
Alors survinrent deux autres jeunes hommes qui tenaient en leurs mains des chandeliers d'or fin incrusté de nielles. Très beaux étaient les jeunes hommes qui portaient les chandeliers. Sur chaque chandelier brpulaient dix chandelles à tout le moins. Un grand graal entre les deux mains, une demoiselle venait avec les jeunes hommes, belle, gracieuse, parée avec élégance. Quand elle fut entrée dans la salle avec le graal qu'elle teniat, une si grande clarté se répandit que les chandelles en perdirent leur éclat comme les étoiles ou la lune quant le soleil se lève.
Après celle-ci, il en vint une autre qui tenait un tailloir d'argent. Le graal, qui venait en tête, était d'or fin très pur ; des pierres précieuses étaient enchâssées dans le graal, des pierres de toutes sortes, les plus riches et les plus rares qui soient dans les mers et sur terre : toutes les autres pierres étaient surpassées par celles du graal, sans aucun doute. Tout comme passa la lance, ils passèrent devant le lit et ils allèrent d'un chambre à une autre.
Et le jeune homme les vit passer, sans qu'il osât demander au sujet du graal à qui on le servait, car il gardait toujours en son coeur la recommandation du sage gentilhomme. Je crains que ce ne soit fâcheux car j'ai entendu affirmer qu'on peut aussi bien trop se taire que trop parler à l'occasion. Mais, que ce fût pour son bien ou pour son malheur, il ne leur posa aucune question.

Le Roman du Graal, Chrétien de Troyes, 1182.

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L'Héautontimorouménos

Je te frapperai sans colère,
Et sans haine, comme un boucher,
Comme Moïse le rocher !
Et je ferai de ta paupière,

Pour abeuver mon Sahara,
Jaillir les eaux de la souffrance.
Mon désir gonflé d'espérance
Sur tes pleurs salés nagera

Comme un vaisseau qui prend le large
Et dans mon coeur qu'ils soûleront
Tes chers sanglots retentiront
Comme un tambour qui bat la charge !

Ne suis-je pas un faux accord
Dans la divine symphonie
Grâce à la divine Ironie
Qui me secoue et qui me mord ?

Elle est dans ma voix, la criarde !
C'est tout mon sang, ce poison noir !
Je suis le sinistre miroir
Où la mégère se regarde.

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau !

Je suis de mon coeur le vampire,
_ Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire !

Charles Baudelaire

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20 mars 2006

Naissance

Le soleil disparaît lentement derrière les toits, inondant de lumière les ardoises rougeoyantes, inondant d'une luminosité sanguine les mansardes et les pignons. Les flaques stagnant entre les pavés semblent être des mares de sang dans lesquelles s'abreuvent les pigeons éclaboussés par les pas rapides des quelques passants, fantomatiques silhouettes qui disparaissent au tournant d'une rue.

Avide de ces derniers rayons lumineux, je grimpe péniblement sur un toit, et m'allonge sur une cheminée, buvant de tout mon être la couleur rubis qui s'estompe peu à peu, la laissant m'envahir et réchauffer une fois encore mon corps affaibli. Mais cette lumière que je voulais rassurante me submerge et, comme le sang qui s'écoule  dans ma gorge laisse dans ma bouche un goût salé et doucement rance, elle m'écoeure et je dois lutter contre les nausées qui me saisissent de plus en plus violemment.

Enfin, l'astre se cache complètement dans sa demeure nocturne et laisse place à l'obscurité naissante. L'ombre grandissante gagne la ville, descendant doucement des clochers aux toits, des toits aux fenêtres, des fenêtres aux pavés. L'immense cité sombre dans le sommeil, ce soir tout est ténèbres, et le monde est recouvert de suie. Doucement, une première goutte tombe, suivie d'une autre, et la pluie qui dégouline sur mes joues laisse derrière elle de fins sillons qui se mêlent inextricablement à mes larmes.

J'ai froid, j'ai peur. Je sais que je vais mourir ce soir, étendu sur cette cheminée qui domine la ville. L'obscurité est totale et je frissonne. J'appelle de toute mes forces la lune mais le disque argenté reste invisible. Je voudrai me lover dans un de ses doux rayons, mais tout est opaque, et même l'air qui s'infiltre dans mes poumons est chargé de cette détestable ombre glacée.

Les nausées reprennent, et mes frissons se transforment en tremblements incontrôlables. J'ai l'impression d'être en train de vomir par à-coups le peu de vie qui m'habite encore. Un spasme soudain me déchire le corps, me transperce de part et d'autre, raidissant tous mes muscles, cambrant mes reins vers le ciel, et ma bouche s'ouvre sur un hurlement inaudible. Aucun son ne sort de ma gorge meurtrie, la vrille de douleur qui m'envahit est ineffable. Elle s'infiltre dans toutes les fibres de mon être, les tordant, les déformants jusqu'à les rendre méconnaissables, me torturant insoutenablement, faisant monter inexorablement la souffrance vers son paroxysme le plus violent.

Brusquement, elle se retire aussi douloureusement qu'elle est venue, vidant mon être de toute sa substance, l'abandonnant à la nuit. Je sens que le néant dans lequel le monde est plongé s'insinue dans le vide qu'elle a créé en moi, détruisant les derniers vestiges de mon humanité déchue. Vainement, je tente de lutter contre ce néant qui me pénètre, mais il gagne en puissance, et impuissant je le sens de plus en plus fort en moi jusqu'à ce qu'enfin il gagne mon coeur qu'il remplace peu à peu.

Alors, mes larmes cessent et à bout de force je peux contempler intensément le noir au-dessus de moi, autour de moi, en moi. J'ai l'impression d'être suspendu dans des ténèbres qui font partie intégrante de moi, d'être néant dans le néant, d'être infini dans l'infini. Je ne fais plus qu'un avec l'ombre du monde. Doucement, je me relève et toute trace de fatigue ou de faiblesse a quitté mon corps. L'obscurité glisse autour de moi et m'enveloppe, je la sens avec délice frôler ma peau et s'ouvrir à chacun de mes pas pour ensuite se refermer derrière moi, m'effleurant avec délicatesse de son souffle léger.

La nuit est mienne, et je suis sien. Pourquoi me semblait-elle si pesante, alors qu'elle n'est en réalité que caresse ? Je plonge en moi-même, mais aucune des émotions et des sensations grossières qui m'habitaient n'a subsisté : le froid, l'angoisse, la douleur ont disparu à jamais et ont laissé place aux ténèbres. La nuit vient d'accoucher d'un nouvel enfant, la pluie a cessé et la lune a réapparu. Levant les yeux, je lui souris et d'un pas sûr je me dirige vers ma nouvelle existence de vampire.

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